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Histoire de Serquigny

Serquigny, une commune située à un carrefour fluvial, ferroviaire et routier dans la vallée de la Charentonne.

Distante d’une dizaine de kilomètres de Bernay dans la direction d’Evreux, Serquigny regroupe aujourd’hui près de 2300 habitants, la commune comprend deux ensembles distincts :

  • le plateau, vaste espace à vocation et de tradition agricole, entrecoupé de bois et qui a par endroits cédé la place à un urbanisme résidentiel dispersé,
  • la vallée, au centre de laquelle coule la Charentonne jusqu’à sa confluence avec la Risle au hameau du Petit Nassandres.

C’est là que se sont successivement développées quelques activités industrielles, des filatures du XIXème siècle à l’implantation plus récentes du centre de recherches d’Elf Atochem (Arkema désormais).

Serquigny : un Nom, une Histoire

De Sarchinneium à SerquignyFRAD027_8Fi622_0001

La plus ancienne mention qui soit conservée de Serquigny remonte au XIème siècle sous la forme latine de «Sarchinneium», laissant croire à l’existence d’un antique domaine ayant appartenu à un certain «Sarcho», nom d’origine germanique. Le nom médiéval «Sarquiniacium» s’est progressivement changé en «Sarquigny» d’où l’on a fait «Cerquigny» jusqu’à sa forme actuelle attestée pour la première fois en 1785.

10 siècles d’histoire … Passant par les Romains les Ducs et les Seigneurs

Lorsque les romains envahirent ce qui allait devenir la Normandie, ils affrontèrent dans la région les tribus gauloises qui s’étaient établies à la confluence de la Risle et de la Charentonne. Après avoir triomphé de leurs adversaires, les romains décidèrent d’établir un poste militaire afin de prévenir d’éventuels troubles. Il était situé entre Brionne et Bernay, sur les hauteurs, afin de surveiller le débouché des vallées, non loin du point de passage obligé des deux voies romaines. S’il ne fait aucun doute que dès le Ier et le IIème siècle, Serquigny fut un lieu important grâce à la confluence des rivières, les invasions le ruinèrent. Avec l’effondrement de l’Empire Romain, les routes devinrent moins sûres, et les vallées furent remontées par des vagues successives d’envahisseurs attirés par la renommée des lieux qu’ils traversaient. Les broussailles dissimulèrent les traces d’habitation et les bois regagnèrent du terrain. Ce n’est que sept ou huit siècles plus tard, après l’an mil, que Serquigny allait à nouveau entrer dans l’histoire.

Des Terres

Passant en 911 dans la mouvance des ducs de Normandie, après le traité de Saint-Clair-sur-Epte par lequel Charles le Simple abandonnait à Rollon ce qui allait devenir la Normandie, Serquigny devait être un simple lieu-dit, sans église ni seigneur. Ce n’est qu’au début du Xème siècle qu’il sort de l’anonymat, lorsque Richard II, duc de Normandie, épousa un peu après l’an mil la fille de Conan le Tors, duc de Bretagne. Il lui offrit à cette occasion de nombreuses terres afin de lui assurer un revenu et il semble que Serquigny ait fait parti de cette donation.

Le territoire de Serquigny ne resta que peu d’années dans les mains de l’abbaye. Les terres excitaient la convoitise de bien des gens et principalement celle des seigneurs de Pont-Audemer. Ainsi, le propre beau-frère de Richard II, Onfroy, seigneur de Pont-Audemer, usurpa la terre de Serquigny.

Les seigneurs de Serquigny étaient eux aussi de véritables soldats. Le plus valeureux d’entre eux fut sans conteste Charles d’Aché qui eut l’honneur d’être fait chevalier par François Ier au soir de la célèbre bataille de Marignan., le 14 septembre 1515. Par ses descendants, le domaine s’étendit considérablement incluant les paroisses de Serquigny, Marbeuf, Fumechon, Villequier et Bliquetuit. Ils portèrent alternativement le titre de seigneur de Serquigny ou de Marbeuf.

Au delà du jeu de pouvoir que se partageaient les deux seigneurs, les terres de Serquigny et de Maubuisson formaient un tout puisqu’elles dépendaient de la même paroisse dont l’origine semble remonter aux premières années du Xème siècle à l’époque de Judith de Conan. De nombreux procès opposèrent les habitants et les seigneurs qui tentaient de récupérer les terres qui échappaient à leur ban ou pouvoir de commandement. La révolution, en détruisant le pouvoir féodal, allait permettre aux habitants de disposer librement de leurs terres. L’une des principales conséquences de la Révolution fut, pour les habitants, le partage de la terre et les droits qu’ils retrouvèrent sur les communaux.

Un nouveau centre industriel dynamique et agréable à vivre

Emportée depuis près de 2 000 ans par une tourbillonnante « légende des siècles » qui a laissé une empreinte durable dans le paysage communal comme en témoignent la solennelle sentinelle du menhir du Croc, la belle Eglise Notre-Dame ou le grand Château. Serquigny était devenue un véritable bassin de vie sous l’effet de la révolution industrielle.

  • La création de la Filature Sainte-Marguerite en 1843,
  • La construction de la mairie et des écoles quelques années plus tard,
  • L’ouverture des lignes de chemins de fer vers Paris en 1855 puis en direction de Rouen dix ans plus tard, en avaient été les premières étapes.

Ces étapes conjuguées avaient transformé un petit village rural de 723 habitants en 1841, en un centre industriel de 1384 personnes, soit près du double, vingt-cinq ans plus tard.

C’est au tournant des années 1860 que se situe le passage d’une commune rurale à une commune industrielle. Sur les 1010 Serquignassais recensés en 1861, la moitié vivait directement ou indirectement de l’agriculture. Tous bien évidemment ne possédaient pas la terre qu’ils travaillaient puisque l’on dénombrait 55 exploitations. L’autre moitié de la population était répartie en parts égales entre :

  • l’industrie,
  • le petit commerce,
  • et l’artisanat.

Trois filatures de coton faisaient vivre 25% de la population, et l’on dénombrait 39 artisans et commerçants, six maçons, cinq bouchers, deux tailleurs et sept cafés restaurants.

Transformation du paysage et modification du cadre de vie

Un nouvel établissement avait été crée et les quatre filatures faisaient vivre près de la moitié de la population contreGare 25% cinq ans auparavant. L’éclairage urbain au gaz fit son apparition succédé par l’installation des premières lignes téléphoniques.

Avec l’arrivée des premiers réseaux électriques, la distribution fut confiée à la Société Normande d’Electricité qui allait s’occuper d’étendre progressivement le réseau dans toute la commune.

La question du quatrième réseau, concernant la distribution d’eau dans tous les foyers, ne fut pas abordée avant la fin des années trente.

En 1910, la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest projetait d’établir une gare de triage et demandait deux ans plus tard à la municipalité l’autorisation de faire construire des logements pour satisfaire des cheminots de plus en plus nombreux.

hôtelLa Première Guerre Mondiale, avec le départ des forces vives de la commune, vint briser cet essor.

Les années de l’entre-deux-guerres furent marquées par un dynamisme sans précédent qui allait, tant à partir du développement des entreprises que de l’essor du chemin de fer.

Les activités ferroviaires étaient passées au premier plan puisque, au milieu des années trente, la gare, la gare de triage et le dépôt où stationnaient une dizaine de locomotives employaient près de deux cent cinquante cheminots.

On dénombrait aussi pas moins de trois hôtels à Serquigny, de nombreux commerces et plus d’une dizaine de cafés-restaurants.

Des Serquignassais dans la Seconde Guerre Mondiale…

Bombardée au matin du 10 juin 40, la commune entra dans la guerre par le décès d’une dizaine de personnes. Nombre d’habitants quittèrent la commune à la nouvelle de l’approche de l’armée allemande, annoncée quelques jours plus tard. Les soldats s’installèrent un peu partout; les officiers furent d’abord logés au Château de Maubuisson, puis dans différentes maisons. Les allemands très méfiants instituèrent à partir de l’été 1941 une petite milice composée de Serquignassais enrôlés d’office qui étaient chargés d’effectuer des rondes de nuit dans le village et de surveiller les lignes de chemin de fer. La résistance s’organisa dans la commune. Le réseau était composé de trois groupes dont l’un était chargé de recueillir les pilotes alliés abattus pour les faire passer en Angleterre et coordonnait nombres d’actions.

En juillet 1943, trois pilotes américains étaient hébergés chez des habitants en attendant de rejoindre l’Angleterre. Les différents pilotes allaient être transférés lorsque tout le réseau fut démantelé par la gestapo dans la semaine du 10 janvier 1944. Ce fut la plus sévère atteinte portée à la résistance dans l’Eure puisqu’il y eut 84 arrestations suite aux révélations ou aux aveux de l’un des membres du groupe. Il ne restait le 18 janvier presque plus rien du réseau à l’exception de quelques personnes trop isolées pour agir au moment où l’on commençait à redouter les bombardements alliés à cause de la position stratégique de la commune. Le village faillit être entièrement détruit à la suite d’un bombardement. La commune avait au total essuyé trente-deux attaques. Les premiers soldats canadiens arrivèrent par la route de Bernay en mettant fin à quatre années d’occupation.

Le bilan matériel était catastrophique et la guerre avait fait vingt et un morts dont huit tués lors des bombardements.

La reconstruction fut une tâche difficile à laquelle se consacra dès le 3 septembre 1944 la nouvelle municipalité suite aux élections organisées par le Comité Local de Libération de Serquigny. Pour parer au plus urgent, quelques baraquements en bois furent installés. De nombreux projets de restauration furent menés en parallèle. Le plan de reconstruction avait aussi prévu, en limite de Serquigny et de Launay, la création d’une zone industrielle qui vit s’installer la société Organico avec son centre de recherche. Cette société, aujourd’hui devenu Arkema, est l’une des plus importantes entreprises de la communauté des alentours avec la société Ercelab.

Toute cette renaissance, entreprise en moins d’une dizaine d’années, se terminait en 1957 par la construction de la nouvelle gare.

Un Renouveau économique

Cet héritage d’une longue tradition industrielle, engendra, par un mécanisme identique à celui qu’avait connu la commune au milieu du XIXème siècle, une croissance économique soutenue.

La population doublait en effet en l’espace d’une génération, passant de 1227 habitants en 1946 à 2230 en 1982.

Un vaste projet de création d’un nouveau centre urbain fut mené de 1966 à 1978 avec :

  • l’implantation d’une nouvelle gendarmerie,
  • l’aménagement d’un terrain de sport,
  • l’édification d’un bureau de poste,
  • l’agrandissement du groupe scolaire,
  • le développement de quelques commerces,
  • et de nombreuses constructions de résidences virent le jour.

Avec l’édification de l’hôtel de ville, la construction du gymnase communautaire et la médiathèque, Serquigny continue sur une dynamique qui contribue au devenir économique, social et environnemental d’un carrefour naturel sculpté par le temps et forgé depuis 2 000 ans par des hommes dont l’oeuvre transporte dans le souvenir et regarde vers l’avenir.

Extraits tirés des oeuvres « Les sentiers enchevêtrés » et «D’hier et d’aujourd’hui » de Monsieur Pierre MOLHKOU, historien

 

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